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Interview de Hélène Gache

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Interview de Hélène Gache

Directrice de l’Office de la Promotion des Industries et des Technologies (OPI)

 

Les femmes entrepreuneures

Une brillante interview de Hélène Gache, qui nous présente son point de vue sur l’entrepreneuriat au féminin dans un monde majoritairement masculin. Elle nous dévoile la trajectoire de sa carrière, les « obstacles » qu’elle a surmontés, et donne des conseils  aux femmes qui souhaitent progresser professionnellement.

 

 

 

 

En quoi consiste votre mission actuelle?

Ma mission à l’OPI est une mission de direction opérationnelle d’une fondation de droit privé qui possède un contrat de prestations avec l’État.  Notre but est d’assurer la promotion de l’industrie Genevoise. Nous aidons les industriels à créer des liens sous la forme de Cercle  d’Innovation et  d’Affaires pour permettre l’éclosion de nouveaux modèles d’affaires ou surmonter différentes crise- Nous agissons en tant que facilitateur d’opportunités et de projets au sein du tissu industriel et nous créons des liens avec les hautes écoles. L’industrie est un environnement essentiellement masculin. Mais il y a de nombreuses exceptions et Il faut faire connaitre ces exceptions.

 

 

« Pour cela, je suis très favorable à la promotion des modèles :  Que les femmes qui ont atteint des positions de direction, expliquent quelles capacités elles ont utilisé pour réussir et favorise l’émulation et aussi tendent la main vers d’autres femmes. »

J’ai été présidente du CWF (Career Women’s Forum) qui organise des ateliers et fait la promotion de carrières  de femmes. Je suis favorable au « lead by exemple » le principe de la référence active. Quand une personne accède à un poste à responsabilité, les autres se sentirons plus libres de le faire. Je l’ai perçu dans tous les programmes de mentorat auxquels j’ai pu participer. La notion de modèle est essentielle.

Françoises Giroud disait « une femme serait vraiment égale de l’homme le jour ou, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ». Ainsi si des organisations font la promotion de femmes « Quota » elles créent plus de dégâts pour nous toutes que de promouvoir un homme. Il faut avant tout promouvoir des compétences et aller de l’avant.

« Les quotas sont un outil qui peut permettre de pousser à la réflexion en ciblant un objectif mais il faut penser quantité et qualité ! »

On peut également dire qu’être une femme au foyer est un choix de « carrière ».  Faire une « carrière  professionnelle» n’est plus une norme. Il existe de nouvelles tendances comme celles des  « slasheurs » qui assument plusieurs rôles et aujourd’hui des écueils  ou  des trous de carrière ne sont plus des exceptions. Il y a 20 ans on disait que vous étiez un « Je-men-foutiste » quand vous n’aviez pas de travail. Maintenant on ne peut plus le dire. Chacun et chacune doit pouvoir trouver sa place sans que la société décide pour eux. C’est ce vers quoi la société devrait tendre. C’est un peu comme le phénomène de choisir son métier parce que nos parents ont décidé que c’était bien pour nous. Et finalement cela aboutit souvent à un échec.

« Il ne faut pas mettre des femmes au pouvoir si elles n’en ont pas envie. »

De même,   beaucoup d’hommes n’ont pas envie de diriger, même s’ils ont plus un caractère à aller de l’avant sachant qu’ils se sont peut-être sentis obligé par leur éducation ou leur entourage. J’ai rencontré des messieurs qui auraient bien aimé ne pas être devant et ne pas avoir de  responsabilités. La féminité et la masculinité sont propre à chacun. C’est une singularité, propre à chaque individu. Gisèle Halimi a été élevée dans une famille où les filles avaient un destin prédestiné, à savoir être mariée et au foyer.  Elle s’est battue pour trouver sa place, mais sa grande force est de l’avoir toujours fait de manière globale.  La vraie valeur est de ne pas nous stigmatiser. C’est pour cela que je parle de diversité ou de singularité.

On peut me dire que c’est parce que j’ai fait des études, je suis née dans un pays où les femmes ont une certaine liberté. J’avais ce qu’il fallait pour exercer ma liberté.  Mais toutes ne le font pas. Pourquoi ? c’est là où nous devons agir !

Comment  définissez-vous professionnellement ? Dans le sens du rapport homme-femme?

Par ma formation dans un domaine technologique j’ai évolué dans un monde à majorité masculine. Je déteste les stéréotypes, mais ce dont je me souviens de l’époque où j’étais étudiante, c’est que les hommes avaient une attitude beaucoup plus directe. Ils prenaient les choses en main pour aller de l’avant. Je pense qu’aujourd’hui c’est moins flagrant avec les nouvelles générations car l’éducation dispensée est plus ouverte au notion de diversité.

Par ailleurs, c’est très motivant de travailler avec des hommes. Il y a ce côté entrepreneurial que j’avais noté chez les hommes durant mes études et que j’ai retrouvé tout au long de ma carrière. Les femmes ont adopté aussi des attitudes que je qualifierai de plus combative.

J’ai senti un changement de tendance dans le milieu professionnel depuis une quinzaine d’années environ.

Néanmoins, le plus souvent, Les femmes veulent faire avancer mais surtout elles veulent faire bien avancer. C’est plutôt élogieux :  Faire bien c’est quelque chose que je respecte. Je suis aussi quelqu’un qui veut bien faire les choses. Mais parfois à trop vouloir faire bien, on ne fait pas. On ne fait pas parce qu’on pense qu’on ne peut pas faire, en cherchant à avoir tous les moyens à disposition pour être parfaite. Ne dit-on pas que le mieux est l’ennemi du bien ? Il est vrai que j’ai moins ressenti cela dans les multinationales américaines où les femmes sont valorisées.

 

Qu’est ce qui vous fait avancer dans les moments difficiles ?

C’est de penser au-delà de moi. C’est une forme d’humanisme. Je ne sais pas si c’est le fait d’être une mère. Il y a des femmes qui ne sont pas mères et qui sont tout autant engagées.

L’humanisme c’est penser que nous sommes là pour un temps et ce n’est pas une question de foi, ou de religion. Je suis profondément existentialiste.  Je vis ma vie, j’essaye de profiter, de faire avancer les choses. Et à un moment il faudra passer le témoin.

Je suis motivée de savoir qu’on peut toujours améliorer les choses. J’ai du plaisir à le faire.

Je travaille avec le temps.  Il y a un temps court et un temps long.  Sur le temps court vous pouvez avoir peut-être des journées catastrophiques et juger que rien n’avance.  Et sur le temps long vous voyez qu’un long chemin a été accompli.

« Il faut se projeter et construire. »

 

Qu’est-ce que vous avez appris de vos plus grandes erreurs ?

Avoir peur ne sert à rien ! La peur ne vous empêche pas de faire des erreurs.
Nous ressentons différentes peurs. Il existe celles de notre cerveau reptilien qui sont importantes pour notre sauvegarde.  Je parle plus particulièrement des croyances négatives.  Avoir peur de faire une présentation parce qu’on pense qu’on n’est pas compétent par exemple. Pour cela, se préparer est essentiel. Je fais du sport et je constate là aussi que l’entrainement est essentiel. Les grands créatifs, les grands sportifs disent qu’il faut travailler énormément.

« Ils ont peut-être un talent mais c’est un talent qu’ils cultivent. Donc il faut bosser. Et ne pas avoir peur. »

En tant que manager si vous êtes bienveillant –  le mode comportemental idéal pour les parents notamment – vous créez les conditions favorables pour que les choses avancent. Parfois j’ai eu peur à tort, parfois je n’ai pas osé mais je ne regrette rien pour autant : j’ai appris !

J’ai observé que beaucoup de femmes perdent leur emploi après avoir fait un enfant.  Cette situation est douloureuse mais assumer les conséquences de manière rationnelle permet d’aller de l’avant. Ce risque ne doit jamais les arrêter, parce que si elles ne le font pas alors qu’elles en ont envie, un jour cela pourra leur poser un problème. Quel enseignement peut-on en retenir ? Quel que soit le travail que vous faites, faite- le de la manière la plus professionnelle et engagée possible. Les opportunités se présenteront par les liens de confiance et les compétences que vous aurez démontré dans votre réseau. ET n’oubliez pas de cultiver votre réseau !

Il y a un toujours un enseignement à tirer des situations difficiles. Ce n’est pas évident, d’avoir ce regard dans l’immédiateté mais c’est un exercice nécessaire pour avancer.

« Faire régulièrement une rétrospective sur ses écueils permet d’éclairer le chemin. »

J’ai appris de la vie. Je ne vous aurais pas dit cela quand j’avais 30 ans. A cet âge, je pensais que tout était possible, j’avais envie de réussir à tout prix sans savoir très bien ce que je voulais et qu’est-ce qu’était la réussite ou du moins ma réussite. Je pensais que les pionnières qui avaient fait tout ce travail de féminisme comme Gisèle Halimi avaient tout préparé pour nous.

 

Quel est votre engagement pour la cause des femmes?

 Je suis toujours partante pour contribuer à la cause des femmes.  Du plus loin dont

je me souvienne, j’ai beaucoup fait et travaillé pour les femmes. J’ai été présidente d’un club de femmes entrepreneurs, j’ai également beaucoup fait pour la diversité durant des projets internes dans les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé.

Aujourd’hui, j’ai envie d’agir pour toutes et tous. J’essaye de moins stigmatiser les femmes,

Je pratique un féminisme qui rassemble.  Il me semble important de motiver les femmes à étudier, et à être indépendantes.

En ce qui concerne le 25 Novembre qui était la journée de sensibilisation contre la violence faite aux femmes je dirai :

Apprenons-leur à être indépendantes au niveau financier. C’est une étape fondamentale pour garantir leur liberté d’expression et leur sécurité. Cela peut les aider à sortir des contraintes.  Tout passe par l’éducation et le courage. Il faut leur donner du courage et de la confiance.  Nous ne connaissons pas leurs situations. Pour certaines il y a une part de res

ponsabilité dans leur situation.

Néanmoins, la violence quelle qu’elle soit est intolérable. Je suis sensible à toutes formes de violen

ce. Je ne peux pas tolérer qu’on subisse de la violence « gratuitement ».  Chacun doit pouvoir se responsabiliser et vivre dans le respect.

 

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui souhaitent progresser professionnellement ?

Le meilleur conseil est de regarder devant soi, se donner envie d’avancer, il faut tendre vers quelque chose qui soit cible souhaitée qui peut évoluée dans le temps.

Après cela, le succès vient naturellement. A vouloir se donner trop de moyens pour faire très bien on risque de ne rien faire.

C’est une philosophie de travail. J’ai eu la chance de travailler dans un monde agile. La notion de résilience dont on parle, je la vis depuis plusieurs années.

J’ai constaté que les hommes étaient plus aptes. Ils avaient peut-être un poids, celui d’être le référent pour la famille mais Ils n’avaient pas le choix. Les femmes devaient avoir le poids de bien faire leur rôle de mère. Cela se retrouve dans leur comportement au travail. La confiance en soi est souvent un problème chez les femmes.

 

Parlez-nous de votre engagement politique.

 Mon engagement dans la politique est d’abord un engagement citoyen. Il s’agit de participer à la gestion de la cité au sens noble de la politique afin de contribuer à ce qu’elle soit bien gérée et apporte ce dont les citoyens ont besoin.

Je fais partie du conseil municipal de ma commune et je contribue ainsi à de faire avancer les choses. Notamment, dans un pays riche comme la Suisse il est inadmissible qu’il y ait de la pauvreté.  Nous devons éviter cela le plus possible.

Je fais également partie du comité d’initiative pour la micro taxe. C’est un sujet intéressant parce qu’il s’agit de permettre une réforme qui pourrait réduire et moderniser notre fiscalité qui est devenue désuète.

Un autre sujet qui me tient à cœur est le droit de vote. Si vous nous comparez avec certains pays où les citoyens sont brimés il est choquant de constater le désintérêt porté au vote et à l’engagement politique, en particulier pour les femmes.  Les Suisses sont privilégiés de pouvoir exercer leur droit de vote.  Voter c’est une façon d’exercer sa liberté.  Mais qu’en faisons-nous ?

C’est la raison pour laquelle je m’engage, dans un engagement citoyen pour améliorer et garantir la démocratie avec tout ce qu’elle a de bon.

C’est-à-dire la liberté d’expression, d’action, le droit à l’éducation, la garantie de la santé, la sécurité.  J’ai envie d’y contribuer à ma modeste manière.

Je m’engage pour être en accord avec mes idéaux. Ma politique est de servir et pas de se servir.  Et pour servir il faut se présenter.

Si on ne change pas les paradigmes, si les femmes ne s’engagent pas, s ’il n’y a pas une nouvelle typologie de gens qui se présentent la société n’évoluera pas.

« Des femmes se sont battues pour que nous ayons le droit de vote, alors votons. »

 

Quel impact vous voulez avoir dans le monde ?

J’ai envie de préserver la nature et le monde qui m’entourent pour les futures générations. Notre humanité a beaucoup avancé en un siècle. Mais je constate que les gens ont peur, de la mort, de la maladie, de la précarité, etc….  Si vous comparez l’état de la planète il y a un siècle en arrière à notre époque, vous constatez que les conditions sanitaires et de vie en général sont nettement meilleures. Mais à côté de cela nous avons beaucoup détruit.

Je suis offusquée par le tourisme « Instagram » qui consiste à aller à l’autre bout de la planète pour faire des photos. Je suis allée à Prague il y a 30 ans, et à l’époque il y avait un certain cachet. J’y suis retournée il y a quelques années pour des raisons professionnelles.  Évidemment les monuments ont gardé leur authenticité, mais tout est devenu linéaire :  Vous voyez les mêmes chaines de boutiques et de restaurants appartenant à des multinationales.

Heureusement nous assistons à un rebond dans l’autre sens. La tendance est de « consommer local » les activités d’artisanat local se développent.

J’ai également à cœur de préserver le savoir-faire et le tissu industriel Genevois de faire en sorte que ce savoir-faire perdure : Il fait partie de notre patrimoine.

De manière plus personnelle, je pense que le fait d’apprendre, de se dépasser et de s’améliorer tous les jours est essentiel et c’est le moteur de mon engagement au quotidien . j’espère que cela aura un impact positif sur mon  entourage et qui sait sur le monde.

 

Prises de position POUR vs CONTRE au sujet de l’initiative pour des multinationales responsables

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Prises de position POUR VS CONTRE au sujet de l’initiative pour des multinationales responsables

Deux entretiens, deux arguments POUR et CONTRE de l’initiative pour les multinationales responsables. Les arguments POUR sont présentés par Béatrice Hirsch (PDC) et les arguments contre sont présentés par Bertrand Reich (PLR).

OUI à l’initiative: Arguments de Béatrice Hirsch (PDC)

Ces dernières années, nous avons vécu des crises majeures, notamment une crise économique en 2008 avec les subprimes, et une crise sanitaire avec le coronavirus. Durant ces crises, on espère alors ardemment que notre société puisse réaliser que l’on doit tendre à un modèle économique plus éthique, plus respectueux de l’humain et de l’environnement, et surtout, que l’économie soit au service de l’humain et de l’environnement et non l’inverse. Et pourtant… L’histoire de cette initiative montre à quel point le consensus est difficile à trouver autour de ces notions.

Alors, de quoi s’agit-il et que demande cette initiative ?

Les entreprises qui ont leur siège statutaire en Suisse doivent respecter, y compris à l’étranger, les normes internationalement reconnues en matière de droits humains et de préservation de l’environnement. Elles doivent également veiller à ce que les entreprises qu’elles contrôlent fassent de même. L’initiative demande enfin que les entreprises soient passibles de poursuites en Suisse  si ces normes ne sont pas respectées (principe basé sur la responsabilité civile des employeurs).

Le devoir de diligence n’est pas combattu par les opposants, c’est la sanction qui est contestée. Et pourtant, que vaut une exigence et une loi qui ne prévoit aucune sanction ?

Les obligations de diligence prévues par le contre-projet concernant le travail des enfants et de certains minéraux provenant de zones de conflit sont insuffisantes, le contre-projet laisse de côté l’environnement et les droits humains et pour cela, on le sait, les mesures volontaires ne fonctionnent pas.

L’objectif poursuivi par cette initiative est déjà une réalité dans de nombreux pays. En Autriche et en Suède, les multinationales sont responsables des dommages causés par leurs filiales selon des règles semblables à celles qui inspirent l’initiative. L’Angleterre et le Canada ont vu leurs tribunaux reconnaître une telle responsabilité dans leur jurisprudence. Par ailleurs, l’Union Européenne veut harmoniser les règles dès 2021, et a annoncé travailler à un projet de loi européen sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme et de l’environnement qui engage notamment la responsabilité civile de l’entreprise. Un groupement d’entreprises connues internationalement a salué cette annonce et s’est prononcé fermement en faveur de mesures contraignantes.

L’économie suisse a tout à gagner si nous votons cette initiative, elle montrera une image positive, éthique, volontaire en termes de développement durable et pourra ainsi assurer sa compétitivité. Il s’agit de soutenir ces entreprises suisses, qui, dans leur grande majorité,  respectent les normes et standards internationaux et qui, aujourd’hui souffrent de la mauvaise publicité faite par quelques mauvais élèves. Comment soutenir le fait que des entreprises suisses puissent faire du bénéfice en exportant des produits interdits en Suisse car nocifs pour la santé humaine ?

Dans cette campagne, malheureusement, comme souvent, on entend beaucoup de contre vérités, alors lisez le texte complet de l’initiative, et n’oubliez pas qu’en votant OUI, nous demandons au Parlement d’élaborer une loi d’application (dans laquelle l’initiative demande que l’on respecte les besoins des PME) et que c’est dans ce processus-là que les contours exacts de la loi seront définis.

Ayons le courage de reconnaître que cette initiative est nécessaire et qu’elle fera le plus  grand bien à notre économie en améliorant son image et en reconnaissant sa responsabilité éthique.

 

NON à l’initiative: Arguments de Bertrand Reich (PLR)

Le choix qui s’offre au corps électoral le 29 novembre n’est pas entre l’initiative pour les entreprises responsables et rien, mais entre cette initiative et un contre-projet qui entrera en vigueur si elle est refusée.

Le contre-projet propose une voie pragmatique et réaliste, en instaurant une transparence forte, sous menace de sanctions pénales, et des normes éthiques élevées en matière de minerais de conflit et de travail des enfants, s’inspirant à cet égard des dispositions les plus pointues dans ces domaines (UE pour les minerais ; Pays-Bas pour le travail des enfants).

L’initiative emprunte pour sa part une voie « à l’américaine » en plaçant le juge civil au centre de son dispositif. Toutefois, à l’inverse du juge américain, un tribunal civil suisse n’a aucun pouvoir de sanction et ne peut pas infliger de dommages-intérêts punitifs. En matière de travail des enfants, il sera particulièrement démuni. Indépendamment de la question du fardeau de la preuve relative au respect de la diligence, il sera compliqué pour un juge de comprendre et ensuite trancher un litige survenu à des milliers de kilomètres, dans un environnement juridique et social qui n’est pas le sien.

Le PLR considère que le contre-projet offre une meilleure protection en matière de travail des enfants en particulier et qu’il ne comporte en outre pas les inconvénients de l’initiative, dont en particulier celui de voir un juge suisse être saisi d’un litige concernant une personne et l’entreprise lui ayant causé un préjudice se trouvant toutes deux sur un autre continent. L’initiative crée en outre une responsabilité pour le fait d’un tiers et considère que les entreprises visées doivent être attentives à la diligence de l’ensemble de leurs relations d’affaires, ce qui parait excessif, voire impraticable concrètement ; elle imposerait aux entreprises suisses des exigences qu’aucune autre entreprise au monde ne connait.

Le PLR appelle donc à voter non à l’initiative, pour permettre au contre-projet d’entrer en vigueur.

A titre personnel, je salue la volonté de notre pays de progresser en matière d’éthique des entreprises et de respect des droits humains.

 

 

Interview avec l’Association « Au Coeur des Grottes »

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Interview avec l’Association « Au Coeur des Grottes »

 

Un entretien avec la directrice de la fondation « Au Coeur des grottes », Daria Clay  et la directrice adjointe, Claire Dal Busco  qui nous présentent la nouvelle organisation et les buts de cette organisation. 

 

 

 

Décrivez-nous en quelques phrases en quoi consiste votre activité.

Fondation Au Cœur des Grottes accueille et accompagne les femmes victimes de violences ou de traite des êtres humains, accompagnées ou non de leurs enfants. 40 femmes ainsi que 30 à 35 enfants sont ainsi accueillis dans nos trois foyers à Genève.

Pour une prise en charge holistique des femmes et enfants accueillis, le Cœur des Grottes base son accompagnement sur six axes forts : la prévention et sensibilisation contre la traite des êtres humains, l’accompagnement social, l’accompagnement professionnel, l’accompagnement à l’enfance, l’accompagnement de la santé ainsi que recherche et formation.

 

Quels sont les 3 plus grands défis que vous avez relevé et comment les avez-vous menés à bout ?

A l’image de celles et ceux qu’elle accueille, en 2019, la Fondation Au Cœur des Grottes a vécu elle aussi une période de bouleversements, nécessaire au développement de nombreuses évolutions. Tout en continuant le travail d’accompagnement en prêtant un soin particulier aux femmes et enfants accueillis, le Cœur des Grottes est amené à faire évoluer son organisation, ses prestations ainsi que ses contacts avec le réseau. C’est grâce aux équipes, qui se sont montrées agiles, motivées et soudées, que la fondation a d’ores et déjà pu proposer de nombreuses évolutions.

La crise sanitaire COVID-19, qui est intervenue quelques mois après l’arrivée de la nouvelle direction, a constitué un défi supplémentaire. Le semi-confinement a amené des inquiétudes, de la colère, s’est avéré facteur de tensions entre les pensionnaires et a également favorisé les ruminations en lien avec leur vécu souvent traumatique. Pour répondre aux besoins des femmes et enfants accueillis, des séjours à la montagne ont été proposés en alternance, afin de soigner leur santé mentale et physique. Accompagnateurs de montagne, professeure de yoga ou encore thérapeute spécialisée en massages étaient présentes : tout en calmant leur esprit, les femmes ont pu entamer un travail de mise en mouvement et de réappropriation de leur corps malmené et souvent mis de côté. En quelques semaines, les équipes du Cœur des Grottes se sont ainsi fortement mobilisées pour répondre aux besoins des femmes et enfants. Plus que jamais, la crise sanitaire que nous traversons nous amène à nous montrer inventif et à faire preuve d’adaptabilité. C’est dans un esprit hautement collaboratif, en intégrant les pensionnaires et les collaboratrices-teurs que le Cœur des Grottes peut traverser cette période compliquée.

 

Quelle actualité souhaitez-vous mettre en avant ?

A l’approche de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le Cœur des Grottes a lancé son nouveau site internet.

Ce dernier permet tout d’abord aux femmes vivant de la violence d’y trouver des éléments permettant de mieux comprendre ce qu’elles vivent, mais également d’y trouver les informations nécessaires pour obtenir de l’aide. Il vise également les professionnels et toute autre personne témoin, dont le rôle est essentiel dans la détection des situations de violences ou de traite des êtres humains. Une identification précoce est en effet cruciale, non seulement pour pouvoir aider et protéger rapidement les victimes, mais aussi pour mieux poursuivre les auteurs.

En raison de la deuxième vague du COVID-19 qui nous touche actuellement et pour répondre aux nouveaux besoins émergents en termes de santé mentale et physique chez les femmes du Cœur des Grottes et plus largement à Genève, nous lançons un nouveau projet de séjour axé santé à la montagne. Pour le mettre en œuvre, le Cœur des Grottes aura besoin de ressources matérielles, humaines et financières. Le soutien de partenaires externes s’avère ainsi indispensable.

 

Pour la direction :

Qu’est-ce qui vous a motivée à faire ce métier ?

Travailler au sein de la Fondation Au Cœur des Grottes, et plus particulièrement de son équipe de direction, nous amène à être actives sur des thèmes variés et à des niveaux divers. C’est avant tout le travail de proximité avec les femmes et enfants accueillis, les collaboratrices-teurs et les membres du réseau qui nous a motivé à prendre nos postes respectifs. S’engager pour le Cœur des Grottes est également une manière de lutter contre les violences faites aux femmes, une cause stimulante pour laquelle les combats à mener sont malheureusement toujours d’actualité.

Après avoir travaillé de nombreuses années à des postes divers dans des grandes structures telles que le CHUV, c’est l’opportunité de travailler directement au contact des femmes hébergées et la possibilité de mise en œuvre rapide de projets divers à partir de leurs besoins, qui ont notamment poussé Daria Clay à reprendre la direction de la Fondation il y a maintenant un peu plus d’un an. Pour Claire Dal Busco, l’accès au poste de directrice adjointe s’est fait après plusieurs années de travail au sein de l’équipe socioéducative. L’expérience acquise durant les dernières années au sein de la Fondation a permis de faire évoluer la fondation tout en veillant à conservant l’âme du lieu.

 

Qu’est-ce qui vous fait avancer dans les moments difficiles?

Les projets mis en œuvre et les évolutions proposées au sein des foyers jusqu’ici ont eu des bénéfices directs et visibles sur les femmes et enfants accueillis. Nous travaillons dans une optique collaborative avec les pensionnaires du Cœur des Grottes, et leurs avis sont régulièrement récoltés. Elles constituent ainsi le moteur de notre travail, nous amènent de la motivation dans les moments parfois plus difficiles, en nous rappelant les raisons de notre engagement et les missions qui nous animent.

 

Quel message souhaitez-vous transmettre aux témoins de violences faites aux femmes ?

Le rôle des témoins dans la détection des violences, la sensibilisation et la prise en charge des femmes qui en sont victimes est crucial. Voisin, médecin, assistant social ou encore ami : chacun a un rôle à jouer dans la lutte face aux violences faites aux femmes. En cas de doute ou de besoins de conseils, les témoins peuvent nous contacter. Nous les écouterons et leur indiquerons les démarches appropriées à effectuer.

 

Quel message souhaitez-vous transmettre aux femmes victimes de violences ?

Les femmes victimes vivant de la violence ont souvent l’impression qu’il leur est impossible de mettre un terme aux relations destructrices qu’elles vivent. Il est important de leur dire qu’il est possible de sortir de l’emprise que peuvent engendrer les violences faites aux femmes, ce n’est pas une fatalité. Nous les encourageons à rompre le silence et à nous contacter, pour reprendre le pouvoir sur leur vie.

 

Contact : Fondation Au Cœur des Grottes 022.338.24.80 (lu-ve 8h30 à 12h) info@coeur.ch, https://coeur.ch/

Interview de Nathalie Fontanet

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Une interview passionnante de Nathalie Fontanet  qui nous présente son parcours et son expérience de femme politicienne, ainsi que les défis qu’elle a pu rencontrer.

 

Interview de Nathalie Fontanet

Décrivez, en quelques phrases, en quoi consiste votre activité politique

J’ai été élue au Conseil d’Etat en 2018 et je suis à la tête du département des finances et des ressources humaines. Mon rôle consiste à piloter les finances publiques de notre canton, la gestion des ressources humaines de l’Etat, les dossiers relatifs à la fiscalité ainsi qu’à l’égalité. J’ai également repris, depuis quelques semaines et de manière temporaire, le département du développement économique.

 Quelle a été la réaction de votre entourage quand vous avez décidé de faire de la politique et comment l’expliquez-vous?

Dès l’âge de 20 ans, j’ai baigné dans un environnement politique (beau-père conseiller d’Etat, ex-mari engagé en politique) et c’est tout naturellement que j’ai rejoint le parti libéral en 2003. Ce choix n’a pas été une surprise pour mon entourage qui m’a encouragée et soutenue.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent faire de la politique?

Je suis favorable à une représentation plus équilibrée des femmes en politique, non seulement pour refléter davantage la réalité sociale, mais également pour optimiser la diversité des points de vues. Je dirais aux femmes qui souhaitent s’engager de croire en elle-même et de s’affirmer. Les femmes doivent avoir confiance en elles et prendre la place qui leur revient.

 Qu’est-ce qui vous a motivée, encouragée, décidé à exercer cette activité?

J’ai été conseillère municipale puis députée au Grand Conseil pendant 15 ans ce qui m’a permis d’acquérir non seulement de l’expérience, mais également de très bonnes connaissances des enjeux. Cela a également provoqué chez moi l’envie de m’engager à un autre niveau.

Quelles sont les défis de votre activité qui vous semblent étroitement liés à votre qualité de femme en politique?

Les défis de mon activité ne sont pas particulièrement liés à ma qualité de femme. Mes enfants sont adultes, je n’ai donc pas à concilier mon rôle de mère avec mon activité ce qui est régulièrement avancé comme un frein.

 Pensez-vous que vous exercez cette activité différemment des hommes et pourquoi?
Je n’en suis pas certaine. Même s’il est vrai que je suis très attachée au consensus, peu encline au conflit, et que je n’hésite pas à consulter avant de décider ce qui est souvent décrit comme des comportements plutôt féminins.

 Pensez-vous que vous exercez cette activité différemment des hommes et pourquoi?
L’engagement et la charge de travail des conseillers d’Etat, qu’ils soient hommes ou femmes, sont très importants. Cela implique d’accepter de ne pas avoir d’horaires, parfois pas de soirées et pas de week-ends. Malgré cela, j’ai énormément de plaisir à exercer ma fonction.

Pensez-vous que vous exercez cette activité différemment des hommes et pourquoi?
Malgré l’évolution des mentalités et les efforts consentis, il est clair que des inégalités subsistent. Le parcours des femmes reste fortement marqué par la maternité et mener de front une carrière professionnelle et une vie de famille c’est déjà beaucoup. S’il faut ajouter à cela un engagement politique, de nombreuses femmes y renoncent. Le partage des tâches dans le couple est un facteur déterminant.

Comment pensez-vous qu’il faut procéder pour encourager les femmes à s’engager  d’avantage en politique?

Il faut les inviter à prendre leur place et à avoir confiance en elles, mais aussi leur rappeler qu’elles sont compétentes. Une adaptation des heures des séances politiques peut être un facteur, de même qu’un partage des tâches familiales plus équilibré.

Adressez, si vous le souhaitez, quelques mots au CLAFG et à ses membres?
Je tiens à remercier sincèrement le CLAFG et ses membres pour leur travail et leur contribution essentielle à la promotion de l’égalité.