Interview de Fabienne Fischer

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INTERVIEW de Fabienne Fischer au CLAFG

Nous vous invitons a lire l’excellent entretien que Fabienne Fischer nous a accordé. Elle est la candidate capable de créer un réel changement pour la condition des femmes à Genève. Etre féministe c’est avoir une vision de la société qui rassemble pour que personne ne soit laissé sur le chemin.

 

 

 


Pouvez-vous dire en quelques mots en quoi consiste votre parcours politique

Tout d’abord je tiens à vous remercier de votre invitation et votre accueil, c’est toujours très chaleureux de se sentir accueillie dans un groupe féminin. Pour me présenter rapidement, depuis mes 18 ans, j’ai toujours fait de la politique d’une manière ou d’une autre. Tout au long de mon parcours de vie, je me suis engagée dans la société civile, dans les syndicats quand j’étais enseignante, dans les comités de crèche quand j’avais des enfants en bas âge.

J’ai eu une vie facile, par rapport à la réalité de beaucoup de femmes. J’ai grandi dans un pays en paix, dans une famille unie. J’ai pu faire des études, j’ai toujours exercé le travail que j’avais choisi. J’ai d’abord été enseignante et aujourd’hui, je suis avocate.

Je me suis engagée chez les Vert.e.s en 2007. Et depuis lors, j’ai toujours été active. J’ai été présidente de la section des Vert.e.s Ville de Genève, aujourd’hui je co-préside celle de Lancy. Je suis trésorière des Vert.e.s sur le plan cantonal. Mais surtout j’ai eu la chance de pouvoir siéger dans des conseils d’administration importants. Celui de l’aéroport de Genève pendant 6 ans, et actuellement celui de l’Hospice général.

Je dois vraiment remercier les Vert.e.s genevois.es et les socialistes de m’avoir choisie pour représenter la gauche dans cette élection partielle au Conseil d’Etat. Et, à l’image de ce que nous dénonçons depuis toujours, il y a 8 candidat.e.s dans cette élection, et… je suis la seule candidate.

 

Nous soutenons les femmes candidates de tous bords. Il est important que toutes les femmes se sentent solidaires. Bravo pour votre engagement ! Pouvez-vous nous dire quels sont les projets que vous avez envie de porter ou que vous aimez porter ?

Ce qui a toujours fondé mon engagement, c’est le rapport que nous, les humains, entretenons avec la planète. Nous avons besoin de préserver la biodiversité et notre environnement direct, tout en améliorant les conditions et la qualité de vie de chacun.e.

Nous devons vraiment repenser notre rapport à l’environnement. L’humain doit s’intégrer à son écosystème et pas l’inverse. Nous devons absolument sortir de notre rapport de domination face aux animaux, aux plantes et aux arbres, à la vie. Il faut cesser de vouloir bétonner la ville. Et recréer des espaces propices à la biodiversité.

C’est un magnifique projet. Comme le dit mon slogan de campagne, il faut « changer de cap, maintenant, ensemble ». Et quand je dis ensemble, c’est qu’il est impératif de « ne laisser personne au bord du chemin ». Nous devons construire un monde dans lequel tout le monde trouve sa place. La justice sociale me tient beaucoup à cœur. Elle est aussi indispensable que la justice environnementale.

 

Certains disent que la planète est exploitée au même titre que les femmes sont exploitées. Qu’en pensez-vous ?

Il existe selon moi un rapport entre la condition des femmes et celle de la « nature ». C’est le pouvoir et la domination qu’exerce sur elles le patriarcat. Donc en ce sens oui, les questtions d’écologie et de durabilitié rejoignent des questions féministes fondamentales. La domination et le pouvoir du patriarcat conditionnent tant les femmes que les hommes, et c’est pourquoi les hommes sont de plus en plus nombreux à contester, aux côtés des femmes, la domination patriarcale. Ces hommes ont compris qu’ils ont tout à gagner à l’égalité.

 

Votre réponse m’amène à vous demander quelle est votre définition ou votre vision du féminisme?

L’histoire des combats féministes est longue, mais elle s’est accélérée à partir de 1968. J’avais 10 ans quand le droit de vote des femmes a été introduit en Suisse, en 1971, et j’avais 20 ans quand l’article constitutionnel sur l’égalité entre femmes et hommes a été voté, en 1981. La conquête de l’égalité, dans les lois et dans la vie, a été notre combat

 

Mon compagnon, et père de mes enfants, et moi avons toujours eu à cœur de partager de manière égale les tâches familiales, éducatives et domestiques, Il s’agissait pour nous de partager complètement la charge. Nous avons voulu rompre avec le modèle trop fréquent, aujourd’hui encore, dans lequel la femme porte sur ses épaules la responsabilité et la charge de la vie familiale et domestique, le partenaire se bornant à apporter une « aide » ponctuelle. La question du partage égalitaire des tâches a toujours été pour moi, pour nous, au cœur-même du féminisme, car elle rend possible l’épanouissement personnel et professionnel de tous les membres de la famille.

 

Quelle a été la réaction de votre entourage devant vos engagements, qu’ils soient politiques ou autres ? 

J’ai toujours été soutenue par mes proches. Mes parents ont toujours été féministes, à mon souvenir.  J’ai grandi avec des modèles inspirants que j’ai transmis, je l’espère, à mes enfants. Par exemple, ma mère a été la première femme présidente de l’Église protestante de Genève. Mon père était aussi féministe que ma mère.

J’ai reçu un soutien inconditionnel de mes proches quand j’ai annoncé que j’envisageais d’être candidate au Conseil d’État. J’ai été surprise de la chaleur des encouragements qui sont venus aussi bien de mes enfants et de mon compagnon, que de mes associés à l’Etude, de mes parents, de mes frères, de ma famille large et de mes ami.e.s. Et j’ai aussi reçu beaucoup de soutien et d’encouragements chez les Vert.e.s. Je dois dire que c’est très porteur.

 

De l’extérieur, le parti des Vert.e.s semble avoir une majorité de femmes. Quel est votre avis ?

Oui, les Vert.e.s ont beaucoup d’élues. C’est le résultat d’années de volonté et d’action politique pour promouvoir les femmes en politique.

 

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui veulent faire de la politique ?

Il faut d’abord laisser émerger en soi le désir d’agir et le sentiment qu’il est légitime et utile de participer à l’action politique. Ce désir rejoint le pouvoir de s’indigner. Se dire : « non mais ! Ca, je ne le veux pas. Je veux agir. J’ai le pouvoir de changer les choses ». C’est pour moi la première qualité à posséder en politique. Tout le reste s’apprend.

Ensuite il faut avoir envie de faire de la politique, il faut avoir envie de se mettre au service d’une communauté et d’apporter ses compétences et son énergie. Sans cette envie, il est difficile de faire son chemin en politique dans un milieu où il peut y avoir des rivalités, des confrontations, des divergences.

 

Quelle est votre plus grande motivation à faire de la politique ?

Dans les circonstances très particulières de cette élection, ai-je pense avoir quelque chose à apporter. Je ne suis pas une femme du sérail. Si je suis élue, je vais bousculer les habitudes et les idées préconçues. Sortir de la crise sanitaire exigera beaucoup de courage pour ne plus faire comme avant. Les défis en termes climatiques, économiques et sociaux sont urgents et majeurs.

 

Quels défis vous semblent étroitement liés à votre qualité de femme en politique ?

J’apporte des valeurs humanistes et écologistes et des qualités personnelles. Je n’ai pas le sentiment qu’elles soient spécifiquement féminines. L’avenir de l’humanité passe par la libération des femmes et… des hommes, pour que nous soyons, femmes et hommes, en mesure de développer en politique toutes nos qualités, et toute notre sensibilité. La parité, c’est un des moyens pour y arriver.

 

 

Parité hommes-femmes : êtes-vous pour ou contre les quotas ?

Nous avons besoin de modèles qui inspirent les jeunes générations. Alors bravo et chapeau à toutes celles qui nous ont précédé sur ce chemin.  Les femmes doivent dire : « nous sommes la moitié de l’humanité, nous devons être la moitié de la représentation politique ».  Il y a de bons députés parmi les hommes et de moins bons. Et pour les femmes députées, c’est pareil.

La parité permettra à de nombreuses femmes de dire : « je veux faire ma part pour ma communauté et je n’ai pas besoin d’être extraordinaire ». Il faut démocratiser l’accès à la politique, tout comme cela a été fait pour l’accès aux études, par exemple. Il faut que tout le monde se sente accueilli.e et bienvenu.e à apporter sa contribution.

 

Quelle est votre position au sujet de l’initiative de l’interdiction de se masquer le visage pour les prochaines votations ?

C’est d’abord presque comique ou tragicomique, en cette période où nous portons tous et toutes un masque qui nous cache le visage.

Les Vert.e.s appellent à voter non à cette initiative. J’ai personnellement deux arguments principaux, l’un juridique, l’autre pédagogique.

Si l’objectif est de promouvoir l’égalité, la citoyenneté, et la liberté des femmes contraintes de porter une burqa, alors ce n’est pas aux victimes de pressions familiales, sociales ou culturelles qu’il faut s’attaquer, mais à celles et ceux qui contraignent ces femmes à adopter ce mode vestimentaire. De plus, des enquêtes assez approfondies ont permis de constater que le port de la burqa concerne 30 à 40 personnes en Suisse, qui sont à 99 % des touristes de passage. J’avoue avoir de la peine à comprendre qu’on introduise un article constitutionnel pour une réalité aussi peu représentative de notre vie sociale. Sur ce plan, cette initiative se trompe de cible.

L’argument pédagogique me vient de mon expérience d’enseignante, qui m’a confirmé la force intégrative de l’école. Non seulement parce que l’école est un lieu de socialisation, mais parce que l’école ouvre à des réflexions, à des questionnements. Elle fait énormément progresser la conscience de soi dans le monde. Ce n’est pas en décidant de manière brutale d’un code vestimentaire obligatoire ou interdit qu’on fait progresser la conscience de soi et la liberté face aux codes.

Comme Conseillère d’Etat, je m’engage à défendre des projets concrets pour l’égalité, ici et ailleurs.

Quel message voulez-vous adresser aux membres du CLAFG ?

Je suis reconnaissante à l’égard de toutes celles qui ont tracé le chemin qui nous a permis d’arriver, ensemble, au point où nous sommes, et qui me permet d’être candidate d’aujourd’hui. Les pionnières ont souvent dû payer de leur personne pour ouvrir le chemin. Je me sens appartenir à une communauté féminine qui est issue de cette histoire et j’en tire une certaine fierté. Ensemble, nous contribuons à faire évoluer l’Humanité. Merci à toutes celles qui ont contribué et qui contribuent à faire ce chemin.

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