Message de Mme Virginie Studemann-Wathier
Présidente du groupe Egalité du Parti Socialiste
L’égalité dans la Constituante actuellement
Le 25 mai 2010, en séance plénière, une majorité à l’assemblée constituante genevoise a refusé la thèse : « La femme et l’homme sont égaux en droit. Ils ont droit notamment à la même formation, à un salaire égal pour un travail de valeur égale, à l’égalité des chances dans la vie professionnelle et la vie familiale. »
Ce vote est un revers important pour la cause de l’égalité homme-femme mais il a le mérite de mettre à jour une partie des mentalités les plus rétrogrades et réactionnaires.
Comment cela est-il justifié ? Un digne représentant de l’alliance entente-UDC-MCG nous explique sur un plateau d’une émission télévisée de politique locale « les femmes sont bien des personnes que je sache, cela est donc compris dans la thèse plus générale qui consacre l’égalité « Toutes les personnes sont égales en droit. ». Curieux raisonnement… venant d’hommes qui acceptent les thèses précisant l’égalité pour les personnes handicapées. Tout d’un coup, l’égalité de droit n’est plus comprise dans la thèse générale. Est-ce à dire que, pour ces messieurs, les personnes handicapées ne sont pas des personnes et qu’elles ne sont pas incluses dans « toutes les personnes sont égales en droit » ?
La réalité, c’est que, si certains peuvent tolérer une thèse telles que « les femmes et les hommes sont égaux en droit », ils ne peuvent accepter qu’une thèse reconnaisse les formes réelles d’inégalités.
Pour celles et ceux qui ont encore l’audace de parler de ces inégalités, qui n’a pas déjà entendu : « Différence salariale ? vous ne pouvez pas comparer ce n’est pas le même métier , les conditions de travail ne sont pas les mêmes », « Vie familiale ? il s’agit de différence, nous ne sommes pas pareils, les femmes sont plus investies dans l’éducation des enfants de par leur attachement maternel, elles ont plus le sens de l’organisation du foyer …Alors, pourquoi vouloir légiférer sur ce qui est le propre de l’homme et le propre de la femme ? » Au mieux, on vous explique que c’est de l’ordre privé et que le législateur n’a pas à intervenir. Au pire, on vous explique que ces différences se fondent sur la nature et, c’est bien connu, la loi de la nature est plus forte que la loi des hommes et des femmes !
La réalité de ce refus, c’est que malgré des décennies de lutte contre ces visions archaïques, malgré la démonstration faite qu’il ne s’agit pas de nature mais de culture, d’éducation et de loi, des bien-penseurs soutiennent une division du monde entre les hommes et les femmes, donnant aux uns le pouvoir économique et politique, la sphère publique et la rationalité, laissant aux autres le foyer, la sphère privée et l’émotivité.
La réalité, c’est que les exceptions sont tolérables - une conseillère d’Etat, de temps en temps, une présidente de conseil d’administration, pour la gloire - mais pas la lutte systématique contre toutes les formes de discrimination.
Le refus de cette thèse, c’est le refus de la reconnaissance des inégalités réelles, c’est donc le refus d’agir contre elles.
Alors pour le « politiquement correct », on vous laissera quelques belles phrases et, on vous expliquera que c’est déjà dans la constitution fédérale, que c’est déjà dans la thèse générale…..pourvu que cela reste loin, très loin, très très loin de notre vie quotidienne et du monde réel.