ASSOCIATION SOS FEMMES : 10, rue de la Madeleine 1204 Genève Tél : 022 311 22 22.
L’association SOS Femmes offre un accueil et un accompagnement social et pédagogique visant l’insertion professionnelle et sociale de femmes qui vivent une rupture, une exclusion ou qui souhaitent quitter le domaine de la prostitution.
70 ans !
SOS Femmes fête cette année son septantième anniversaire. Belle longévité pour une institution qui a démarré comme tout petit foyer d’accueil pour les prostituées.
En effet, de 1940 à 1945, le Cartel genevois d’Hygiène sociale et morale, alors présidé par la célèbre suffragiste genevoise Emilie Gourd, gérait un foyer pour prostituées où celles-ci pouvaient venir parler de leurs problèmes à une assistante sociale qui les écoutait sans jugement ni moralisation. En 1945, le Cartel fut dissout et c’est l’Eglise nationale protestante, plus précisément la Mission intérieure genevoise, qui reprit le foyer en 1946.
A l’époque, la dispute entre abolitionnistes et réglementaristes battait son plein. Qu’est-ce à dire ? Sous l’influence de l’Anglaise Josephine Butler, un fort courant dit abolitionniste s’était développé en Suisse depuis la fin du 19e siècle. Estimant que les prostituées étaient victimes d’une logique « deux poids, deux mesures » puisque seules celles-ci étaient contrôlées par l’Etat et non les clients, ce courant voulait abolir purement et simplement la réglementation qui encadrait les prostituées.
De l’autre côté, les réglementaristes voulaient que l’Etat poursuive son activité de contrôle des prostituées. Le comité du foyer d’accueil était essentiellement composé de dames protestantes, parfois féministes, favorables au courant abolitionniste.
Sous l’impulsion de Madeleine Secretan-Rollier, qui reprit la direction du foyer en 1951, celui-ci développa les axes de travail qui animent aujourd’hui encore SOS Femmes : aider les femmes à développer un projet pour sortir de la prostitution et accompagner celles qui en sont déjà sorties dans leur nouvelle vie.
C’est en 1974 que le foyer d’accueil prend le nom de SOS Femmes. L’association devient laïque et est reconnue d’utilité publique en 1984. Depuis lors, afin d’éviter une trop forte stigmatisation des prostituées, l’association s’occupe aussi des femmes marginalisées ou chahutées par la vie. Bien sûr, beaucoup de choses ont changé, l’association a laissé de côté l’aspect « dames patronnesses » pour se professionnaliser et développer ses structures afin de mieux aider et accompagner les femmes en détresse. Mais nous n’oublions pas ce que nous devons au protestantisme genevois dans ce qu’il représente de meilleur.
Martine Chaponnière, Présidente
Nous vous annonçons un spectacle pour le 70ème anniversaire de l’Association SOS Femmes
le jeudi 2 septembre 2010
18H- à la Société de Lecture - apéritif dînatoire pour les personnes ayant souscrit au spectacle et à l’apéritif. Adresse : Grand- Rue 11 1204 Genève (Vieille- Ville)
20H- Salle de l’Alhambra - allocution de Mme Liliane Maury Pasquier, Conseillère aux États.
Allocution de Mme Anja Wyden Guelpa, Chancelière d’État de la République et Canton de Genève, Représentante du Conseil d’État.
20H30- Salle de l’Alhambra - SOS Betty - Spectacle de Claude Inga Barbey et Doris Ittig.
Notre bar vous attend à la fin du spectacle pour continuer la soirée, Rue de la Rôtisserie 10, 1204 Genève.
Dès le début juillet, points de vente pour le spectacle et l’apéritif :
Prix de soutien:120 CHF - apéritif dinatoire + spectacle.
Prix d’entrée, spectacle : 25 CHF.
Alhambra, 10 Rue de la Rôtisserie, lu-ve 10h-18h, sa 10h-17h, Renseignements : tel. 0800 418 418
Point de vente pour les billets du spectacle : Arcade information municipale, 1 Pont de la Machine, lu 12h-17h30, ma - ve 9h -17h30, sa 10h -16h30.
Genève - Tourisme, 18 Rue du Mont-Blanc, lu 10h-18h, ma-sa 9h-18h, di 10h-16h30.
Cité Seniors, 28 Rue Amat, ma-ve 9h-17h.
Victoria Hall, 14 Rue du Général-Dufour, 1h avant le concert
Organisation : Association SOS Femmes, contact : sosfemmes@sosfemmes.ch
SOS Femmes vous informe
Réponses aux questions fréquemment posées
Pourquoi vous sollicite-t-on ?
Les femmes qui frappent à la porte de SOS Femmes arrivent avec des problèmes très variés. Dès le moment où nous pouvons entrer en matière, elles bénéficient d’un soutien et d’un accompagnement social individuel.
Les problématiques abordées lors des entretiens sont multiples. Beaucoup sont dues à la paupérisation croissante de toute une couche de la population, en particulier les femmes et leurs enfants : dettes, poursuites, divorce, garde des enfants, recherche de travail, manque de formation.
D’autres problématiques sont plus intimes et chaque fois différentes quant à leur origine ou leurs conséquences : violences conjugales, manipulations dans le couple, dépression, contraintes.
Opérer des changements est un processus complexe. La frontière entre le travail social et l’action thérapeutique est floue. Avec nos consultantes, nous réfléchissons comment rester dans la réalité et comment les soutenir dans leurs problèmes pratiques. C’est d’ailleurs le propre du travail social. La résolution progressive des problèmes administratifs les amène à une prise de conscience de leurs droits mais aussi de leurs devoirs. Ce processus se déroule au fil de leur récit de vie, lequel favorise la construction d’une relation d’aide.
Comment se passe cette relation d’aide ?
L’écoute et le non-jugement vont permettre à la personne, si l’envie de changement est au rendez-vous, d’avancer dans la réappropriation de l’estime de soi qui, comme la capacité de réagir, peut être enfouie sous des habitudes tenaces telles l’acceptation de l’humiliation, le doute quant à ses possibilités, la peur de demander de l’aide, l’ignorance qu’on a droit à de la considération.
L’écoute offerte permet d’oser dire les souffrances, les joies, de parler des attentes voire des rêves. Elle peut amener à considérer autrement la réalité et le dialogue qui peu à peu s’instaure, ouvre de nouveaux horizons, que le problème soit d’ordre professionnel, familial ou autre.
Les personnes qui vous consultent sont-elles actives dans ce processus ?
C’est à nous, professionnelles de l’aide sociale, de (re)mobiliser chez nos consultantes la force de réagir et d’agir, en partant du premier pas que représente la demande d’assistance. Nous sommes là pour les soutenir et leur suggérer des moyens d’aborder puis de résoudre les situations difficiles, leur donner les indications qui leur manquent, leur expliquer lois, règlements, codes de conduite enfin les épauler dans l’élaboration de leur projet et dans leurs démarches en vue de l’aboutissement de ce projet.
Autrement dit, ayant évalué leur potentiel, nous stimulons leur reprise d’autonomie, la confiance en soi qu’elle implique et les encourageons à redevenir actrices de leur propre destin.
Qu’en est-il de l’insertion dans le marché de l’emploi ?
Le marché de l’emploi s’est profondément modifié ces dernières années. Les personnes sans formation trouvent de plus en plus difficilement du travail, même si on leur reconnaît de bons critères « d’employabilité ». Les formations lacunaires constituent aujourd’hui un réel handicap social du fait même qu’il existe moins d’emplois peu qualifiés. Cette transformation du marché de l’emploi entraîne toute une partie de la population dans la précarité.
Des études montrent, et pour notre part nous en faisons quotidiennement le constat, que de nombreuses femmes travaillent dans des conditions de plus en plus précaires : contrats à durée déterminée, travail sur appel, etc. Les horaires de travail se négocient souvent à la semaine, ce qui rend très aigus les problèmes de garde des jeunes enfants.
Ces changements ont-ils modifié votre accompagnement auprès des femmes ?
Nous avons bien sûr dû modifier notre accompagnement. Le travail qui pouvait auparavant apporter une certaine stabilité, notamment en termes de cadre de vie, d’horaires et de sécurité, favorisait un équilibre entre vie professionnelle et familiale. Pour les femmes fragilisées, le travail leur apportait même une certaine assurance. Aujourd’hui, au contraire, les femmes que nous suivons sont malmenées par le monde du travail. La précarisation de l’emploi que nous avons évoquée, l’augmentation des exigences de performance ont pour conséquences que ces femmes à qui l’on demande d’être atteignables et disponibles à toute heure, sont sur le qui-vive ; leurs revenus sont également instables ce qui les empêche de se projeter autrement que dans un avenir à très court terme Ces conditions qui engendrent le stress ont un effet fragilisant et amplifient le risque de perte d’emploi.
Qu’en-est-il de la formation ?
Accompagner une femme dans un projet de formation s’inscrit dans un long processus en particulier pour des femmes n’ayant pas de formation de base ni d’expériences professionnelles qualifiantes. Il s’agit tout d’abord de traiter les problématiques sociales en amont : revenu, logement, garde d’enfants, etc. Parallèlement nous les encourageons à reprendre des activités de formation sous forme de cours ou de stages de réinsertion.
Depuis de nombreuses années, nous bénéficions d’un partenariat avec l’Ecole-Club Migros qui nous octroie une réduction de 75% sur les tarifs de cours, notamment de français, anglais et informatique qui peuvent mener à des certificats reconnus.
Nous orientons également un bon nombre de femmes vers Voie F, association qui offre des modules de formation de base. Ces cours leur permettent de reprendre confiance en leur capacité d’apprentissage et de sortir de l’isolement dans lequel la précarité les a confinées.
Nous essayons toujours d’encourager les femmes à reprendre des activités de formation. Elles peuvent ainsi faire valider la formation acquise à l’étranger ou leur expérience professionnelle antérieure par des reconnaissances d’acquis ou des requalifications professionnelles. Par exemple, dans le domaine de la petite enfance, moyennant le fait de suivre quelques stages, il existe des possibilités d’obtenir une équivalence de diplôme pour les femmes migrantes.
Nous pouvons encourager une personne qui dispose d’une formation antérieure de secrétaire à compléter sa formation par exemple comme secrétaire médicale.
Dans le secteur de l’industrie, il existe aussi des possibilités de formation. L’IFAGE offre des cours du soir autour des techniques de tournage, fraisage, programmation et réglage sur machines, polissage, etc. Ces formations donnent droit à un diplôme reconnu sur le plan cantonal. Pour ces perfectionnements nous pouvons faire appel à des fonds privés.
Nous parvenons également à promouvoir des formations longues, notamment des CFC de gestionnaires en économie familiale. Beaucoup de femmes souhaitent également devenir aide-soignante. Les étapes à parcourir avant d’obtenir le CFC d’assistante en soins communautaires se sont multipliées. Les femmes sont dans l’obligation de faire des stages non rémunérés. La plupart d’entre elles commencent par suivre un cours d’auxiliaire de santé de 6 semaines à la Croix-Rouge. Certaines trouvent ensuite un emploi mais d’autres doivent poursuivre leur cursus pour obtenir le CFC.
Le problème financier est difficile à résoudre, car lorsqu’elles sont en formation les femmes ne peuvent pas être au bénéfice de l’aide sociale. Elles relèvent des allocations d’études, insuffisantes lorsqu’elles ont des enfants à charge. Nous devons alors faire des demandes de bourses privées. Nous avons à plusieurs reprises signalé aux autorités que les allocations devaient être adaptées à ces situations.
Beaucoup de femmes souhaiteraient également exercer une activité indépendante dans la restauration, les soins esthétiques ou encore la coiffure. Mais les obstacles sont nombreux pour mener à bien ce genre de projets.
Vous parliez de cours d’informatique. Vos consultantes utilisent-elles Internet ?
Il est quasi indispensable aujourd’hui de savoir utiliser Internet et correspondre par courriel. L’information et bien des contacts avec l’administration passent actuellement par ce canal. Nous incitons nos consultantes à suivre des cours dans ce domaine et nous pouvons également leur fournir des ordinateurs d’occasion achetés à l’association Réalise grâce à des fonds privés. Grâce à l’informatique, elles peuvent procéder à la recherche d’un emploi, rédiger leur courrier, stocker des informations (curriculum vitae, lettres de motivation, etc.) Cet outil essentiel mérite d’être largement développé chez les personnes qui n’ont pas grandi avec cette évolution technologique.
Comment concevez-vous votre action à l’égard des enfants de vos consultantes ?
Les enfants sont toujours tributaires d’une situation familiale problématique. Nous sommes donc amenées à intervenir en faveur de leur éducation et de leur bien-être. Il nous incombe de les prendre en compte dans le processus de réadaptation, la façon d’envisager notre travail pouvant avoir des répercussions non négligeables sur cette génération.
Nous sommes également attentives aux jeunes adultes, filles et fils de nos consultantes qui ne sont pas encore insérés dans une formation ou un emploi ; nous les orientons vers les services compétents et les soutenons jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un point d’ancrage.
Comment abordez-vous cette réalité particulière qu’est la prostitution ?
Les femmes s’adressent à nous soit parce qu’elles ne peuvent plus vivre des revenus que leur procure la prostitution soit parce qu’elles désirent se réorienter.
Quitter la prostitution, se réinsérer socialement et professionnellement requiert une prise en charge en réseau qui comporte une aide sociale et financière ainsi qu’un accompagnement spécifique et personnalisé. Pour bon nombre de femmes, l’arrêt de la prostitution nécessite parallèlement une demande d’aide financière à l’Hospice général.
Les conditions d’exercice de la prostitution ont-elles changé ?
Certainement. Tout d’abord, rappelons qu’il existe beaucoup de fantasmes et de préjugés tenaces sur les gains que peut générer l’exercice de la prostitution. Or l’expérience nous montre que même pour celles qui ont des revenus importants, les femmes ne possèdent rien qui leur soit garanti. En fin de compte, il s’agit d’une activité qui génère bien plus d’endettement que d’aisance.
Les métiers du sexe ont subi de grandes mutations liées aux nouvelles technologies de communication, aux modifications des modes de vie, à des phénomènes sociaux comme la migration. La concurrence s’est considérablement accrue ces dernières années avec l’ouverture à l’Union Européenne. Le nombre de prostituées recensées à Genève est passé de 800 en 2004 à plus de 2000 actuellement. On constate que la plupart des femmes qui s’adressent à l’association sont dans un état physique et psychique très dégradé. Nous avons assisté à l’évolution de la prostitution de rue, à l’augmentation des salons de massage, au développement d’agences d’escorting et plus récemment à une prostitution accessible par le net. Cette dernière est en plein essor, elle touche également des femmes plus jeunes dont des étudiantes et révèle une prostitution plus occasionnelle. Nous avons pu travailler avec une stagiaire de la Haute Ecole en travail social sur un projet qui nous permettrait d’entrer en contact avec les personnes concernées. La première étape à laquelle nous devons procéder est la modification de notre site Internet pour le rendre plus attractif et plus interactif. Le mémoire rédigé par cette stagiaire sur la prostitution estudiantine1 devrait nous donner des éclairages instructifs sur ces nouvelles réalités.
Quels sont les écueils que rencontrent ces femmes dans leur réinsertion ?
La complexité de la prostitution réside dans le fait qu’il faut considérer simultanément deux éléments qui la fondent : d’une part, elle est l’exercice d’un métier reconnu, déclaré et constituant un travail à part entière, d’autre part, elle découle d’une histoire de vie souvent problématique, marquée par des abus sexuels, de la maltraitance subie dans l’enfance, etc.
La prostitution a ceci de particulier qu’elle peut imprégner tout un aspect de l’identité de la personne. On comprend alors que renoncer à la prostitution est loin d’être facile car on ne renonce pas aisément à une partie de soi, d’autant plus si la prostitution a constitué, à un moment donné de l’existence, une issue et une solution pour répondre à certaines difficultés. Quitter la prostitution nécessite effectivement un important changement de vie, il s’agit d’affronter l’inconnu, de se créer de nouveaux repères, d’autres relations.
La réinsertion passe par plusieurs étapes ; tout d’abord une reconstruction de la personne, ensuite ou parallèlement l’élaboration de projets de réinsertion sociale et professionnelle. Certaines femmes effectuent un stage de réinsertion aux Fringantes ou ailleurs, d’autres entreprennent des cours de remise à niveau ou une formation.
Qu’en est-il de l’emploi ?
Nous avons déjà évoqué les mutations du marché de l’emploi. Dans le cas de la prostitution, il y a encore toute la question du secret. Même si ce dernier est bien souvent un « secret de polichinelle », il doit être maintenu car nombre d’employeurs procéderaient à des licenciements ou n’engageraient pas s’ils avaient connaissance des activités antérieures de leurs employées.
Si les femmes ayant exercé la prostitution trouvaient encore assez facilement des emplois il y a quelques années, les « trous » dans leur curriculum vitae les prétéritent aujourd’hui, surtout si elles ne peuvent faire valoir des formations antérieures.
Quels sont les points sensibles à surmonter ?
La prostitution est encore un tabou dans notre société. Considérée avec des représentations qui oscillent entre moralisation et excitation sexuelle, elle pousse à stigmatiser celles qui la pratiquent. Pourtant ces représentations sont bien éloignées de la réalité vécue par les femmes travaillant dans la prostitution. Avec l’association Aspasie, nous effectuons un important travail d’information et d’expertise notamment auprès des autorités et services publics. Cette année nous avons été auditionnées par la commission judiciaire du Grand Conseil au sujet du projet de loi sur la prostitution. Nos propositions de modifications du projet ont été majoritairement retenues. Dans l’acte de prostitution, le protagoniste qui reste toujours dans l’ombre est le client, souvent bien intégré dans la société. Le projecteur est braqué sur la personne prostituée, celle qui offre ses services et qui, en raison de sa visibilité, est celle qu’on stigmatise.
Propos recueillis par Isabelle Csupor