Interview de Bridget Dommen, auteure de livres pour enfants

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Qui d’entre nous n’a pas été marqué par les livres de son enfance? Souvent choisis et lus le soir au coucher par les mères, ils ont construit notre vision du monde. C’est pourquoi nous avons trouvé intéressant de signaler une parution récente et innovante en matière de littérature enfantine. Il s’agit de quatre petits livres, joliment illustrés, consacrés à des femmes de l’histoire genevoise. Les vies de la dernière sorcière, d’Anna Eynard-Lullin, de Marie-Mélie et  de Mme de Staël sont autant de petits bijoux à consommer sans modération. Caroline Dommen, co-auteure, a accepté de répondre à quelques questions sur la genèse de ce projet.

 


 

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Madame Bridget Dommen

 

 CLAFG (C): Comment est née l’idée de ces livres pour enfants ?

Bridget Dommen (BD): C’est une histoire de famille ! Lors des festivités organisées autour de la naissance de JJ. Rousseau (1712- 1778), ma fille Caroline a cherché des livres sur le sujet pour en parler à ses enfants, mais n’a rien trouvé. Elle a alors écrit elle-même un petit texte sur le philosophe. Il a été lu à l’école et ce fut un succès. L’idée a fait son chemin, j’ai rejoint ma fille dans cette belle aventure et nous avons proposé aux autorités chargées des célébrations du Bicentenaire de mettre ainsi plusieurs personnages historiques genevois à la portée d’un jeune public. Nous avons obtenu une subvention de Genève 200.CH et les éditions « La joie de Lire «  ont soutenu notre démarche en acceptant de nous publier dans leur collection « Traces d’histoire ».

 

C: Votre démarche est-elle féministe ? Quelles ont été vos sources ?

BD: A titre personnel cela fait longtemps que je suis membre d’associations féminines pour la paix, mais à l’origine, notre démarche ne se voulait pas militante et en réalité, nous avions commencé par proposer surtout des noms d’hommes illustres. C’est le comité du bicentenaire  qui a souhaité faire ce choix de raconter uniquement des vies de femmes ayant marqué leur époque, dans des pages illustrées également par des femmes et pour un jeune public de filles et de garçons qui auront ainsi une vue plus égalitaire et plus complète de l’histoire genevoise. Quant aux héroïnes, je dirais qu’elles ont agi, non pas parce qu’elles étaient femmes, mais parce qu’elles étaient courageuses et intelligentes. Pour relater les faits nous avons beaucoup lu et même consulté les archives des tribunaux. Des historiens ont aussi relu tous nos textes.

 

C: Comment avez-vous choisi le vocabulaire de vos textes ?

BD: Idéalement ces histoires devraient être lues par un adulte pouvant expliquer à  un enfant, dès 7 ans, certaines notions abstraites incontournables dans ce contexte, comme  la République, la Réforme, la Révolution, le Congrès etc. Tout est relaté au présent avec des mots simples du langage actuel et des phrases courtes.

 

C: A l’inverse des contes de fées, vous exposez les faits avec un réalisme souvent brutal si on pense p.ex. à la scène de torture de la sorcière au 17e siècle, était-ce nécessaire ?

BD: Nous avons voulu restituer au plus juste les conditions de vie des siècles passés en donnant des détails concrets de la vie quotidienne. Chaque histoire commence par une date. Les évènements historiques ne sont pas exposés comme des faits abstraits, mais toujours reflétés à travers le vécu du personnage central . Notre but est aussi de montrer que ce qui a été injuste et contestable dans le passé peut et doit être changé de nos jours, qu’un progrès est possible sur le plan social ou politique par l’engagement citoyen. L’individuel peut nourrir et enrichir le collectif. C’est un message d’espoir et un encouragement. D’ailleurs chaque texte se termine par une petite phrase positive, une sorte de morale.

 

C: Allez-vous continuer dans cette voie ?

BD: Nous le souhaitons, mais cela dépendra du succès de ces premiers livres. C’est le public qui décide….

 

 

 Propos recueillis par Marjolaine Tonson La Tour, membre du comité du CLAFG.