Être femme en politique: atout ou handicap?

image_pdf

Sous ce titre volontairement provocateur se cache une véritable question: est-ce favorable d’être une femme en lice pour une élection ou est-ce un désavantage? Comment explique-t-on que la proportion de candidates et d’élues ne progresse pas et soit encore en moyenne bien loin de la parité?

Ces questions ressurgissent à chaque élection. En avril 2013, les élections cantonales neuchâteloises ont dénoté un certain recul de la représentation féminine, tant au niveau des candidatures que des élues. Mais ce phénomène n’est pas propre au canton de Neuchâtel. La proportion de femmes engagées en politique en Suisse, plus de 40 ans après l’obtention du droit de vote, reste toujours bien en-deçà de la parité. Elle stagne et semble se heurter à ce que l’on appelle un «plafond de verre» de 30% dans tous les cantons, s’éloignant toujours un peu plus de l’espoir d’atteindre un jour naturellement, dans les instances politiques, une représentation féminine proportionnelle à sa population.

Cette question préoccupe-t-elle les partis? Quels moyens ont-ils à disposition pour encourager les femmes à s’engager en politique? Comment traitent-ils de cette question? Comment donner le goût de la chose publique à des femmes qui peinent encore à faire partager la double journée de travail et de prise en charge de la famille? Le milieu politique est-il constitué de règles et de valeurs essentiellement masculines qui font fuir les éventuelles candidates? Par les éclairages qu’elle apporte à ses questions, la présente étude ne prétend pas apporter de réponse catégorique mais cherche à susciter la réflexion et le débat. Elle vise à dresser un portrait du paysage politique neuchâtelois et des chances des femmes et des hommes sur la scène politique.

Il est de bon ton aujourd’hui de considérer que seule la qualité des candidat-e-s puis des élu-e-s doit avoir droit de cité dans le débat électoral. On est toujours en droit de se demander dans quelle mesure une démocratie qui exclut régulièrement de sa représentation un groupe de population, par ailleurs majoritaire (les femmes), atteint l’un de ses buts fondamentaux: l’égalité pour tous et toutes. Les fonctions d’autorités sont-elles accessibles à chacun et chacune de la même manière? Comment interpréter le fait que les femmes demeurent une minorité à tous les échelons de la vie politique, alors que les jeunes femmes sont aujourd’hui majoritaires sur les bancs des universités? Le canton de Neuchâtel s’est illustré au cours du 20ème siècle en se positionnant à l’avant-garde du combat féministe (voir p. 8 et 9) en organisant le premier scrutin populaire sur le droit de vote des 5
femmes, en 1919 déjà. Il sera le deuxième canton suisse à l’octroyer en 1959, quelques mois après le canton de Vaud. Comment comprendre dès lors qu’il semble aujourd’hui à la traîne? Toutes ces questions doivent être posées, examinées, de manière à infléchir la tendance. Les jeunes femmes ont besoin de modèles, elles doivent pouvoir s’identifier au pouvoir politique pour avoir envie de s’y engager. La démocratie a tout à gagner d’un meilleur partage entre hommes et femmes, à tous les niveaux de la société.

Les partis politiques ont évidemment une responsabilité dans les stratégies qu’ils mettent en oeuvre pour forcer, proposer et appuyer des candidatures capables de faire progresser la cause de l’égalité.

Laurent Kurth
Président du Conseil d’Etat

Lire  le dossier:

Etude_femmes_politique_2013_vfinale