ENTRETIEN AVEC ALBERT RODRIK

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source: www.albertrodrik.ch

Vous êtes membre du CLAFG, le seul homme, pourquoi ?

Le CLAFG regroupait initialement des associations. Lorsqu’il a décidé de s’ouvrir aux membres individuel-le-s, plusieurs femmes ont adhéré. L’adhésion à la cause des femmes est rare dans la gent masculine. Les hommes s’engagent s’ils y trouvent un intérêt, c’est souvent un enjeu instrumentalisé. Pour moi, il est évident que  la moitié de l’humanité doit avoir une place entière et complète au sein de l’humanité, j’ai tout de suite adhéré. Je n’ai manifestement pas été suivi.

 

Sur votre site, vous vous définissez comme « féministe, écologiste, syndiqué». Pourquoi mettre en premier le féminisme et qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Le féminisme a plusieurs acceptions. La femme, tout comme l’homme, est un être complexe. Il n’ y a rien de pire qu’un homme qui arbitrerait ces différentes sensibilités. On doit faire une richesse de cette diversité.

Toute ma vie j’ai eu un engagement militant pour les femmes, l’environnement et les travailleurs. Un vrai engagement socialiste. C’est l’essentiel pour moi, quant à dire pourquoi je le mets en premier, je n’ai pas de réponse rationnelle, c’est dans la tête et les tripes.

 

Comment le fait de se déclarer « féministe » est-il perçu par vos paires ? Vous êtes membres d’autres associations telles que F-Information, Solidarités femmes, Lestime et Aspasie : était-ce un atout dans votre carrière politique ?

Je suis mal placé pour mesurer. Le combat des femmes impose d’avoir toujours plus de femmes élues. Il faut montrer aux hommes que cet enjeu est important et qu’ils ont leur place dans ce combat. Ils doivent en prendre conscience. La cause des femmes n’est pas un lobby. Cela a pu me profiter, mais je crois modestement.

 

Vous avez eu un parcours varié dans votre vie, immigré, naturalisé, universitaire, employé dans le secteur bancaire, puis haut fonctionnaire, doublé d’un beau parcours politique, notamment conseiller municipal, député et constituant. Quel meilleur souvenir gardez-vous et quel regret ?

Ce que j’aime c’est la volupté de la langue, l’art de parler. Le parlement est l’endroit où l’on parle. Mes meilleurs souvenirs sont des débats politiques, lorsque j’ai pu prendre la parole sur des grands sujets de manière spontanée pour convaincre. Le plaisir d’enchaîner la discussion.  Je me souviens d’un débat sur le droit des pauvres à 20h45 pour mon premier jour au Grand Conseil ou celui sur le secret bancaire.

Mon regret serait de ne pas avoir pu aller aux Chambres fédérales.

 

Une dernière question en lien avec l’actualité, en octobre nous élirons nos représentant-e-s genevois-e-s à Berne, le CLAFG souhaite promouvoir les femmes, afin d’obtenir une parité parmi les élu-e-s.  Un conseil à formuler.

Il faut savoir ce que l’on veut, faire un choix pour l’avenir de ce pays. Nous devons voter en ayant la conviction qu’en donnant notre voix à une femme ce n’est pas une voix de perdue. Les femmes sont tout aussi capables, voire meilleures au vu du passé, elles sont des pilotes au moins aussi fiables. Les hommes ont amené parfois l’humanité au bord du gouffre et continuent. Le rôle de la femme à travers les siècles a été d’être un facteur de sauvetage. Il faut qu’elles aient leur place pour préserver l’humanité.

 

Propos recueillis par notre Présidente, Nathalie Schneuwly